lundi 9 février 2009

Cynthia Cruz / Cendrillon




CENDRILLON

Appel de Billy une collecte depuis la cabine téléphonique de la station.
Treize jours dans le désert avec rien pour se nourrir.
Des percussions avec des cigarettes et du Coca tiède.
Tu peux parler aux morts exactement comme tu parles aux vivants.
Nous, orphelins magnifiques. Pistolets en plastique, malnutrition, pauvreté et diabète.
Foie et mélancolie. Bien-être du pupille sous tutelle judiciaire.



CENDRILLON

Shooté à la colle, dans les escaliers
Tu as dit qu’il y a des continents sur quoi
Un océan divin de bisons se déplace encore libre
C’est ma seule consolation :
Acheter des épingles dans la tour pillée
Boire une soupe froide dans une tasse en carton
Déjà, toute une vie me ronge
La nôtre est celle de l’animal, encagé et coincé.
La nôtre, la caravane de jamais.



CENDRILLON

Toby par terre et le téléphone
Qui sonne comme Dieu, cette
Escouade imbécile. Comme un fantôme, comme
Quand j’étais une petite fille. Alors je vivais
Dans un monde de sarba-
Canes, de poussière, et de balles.
Je me suis accidentellement tirée dessus
En pleine face.



CENDRILLON

Encino, hors Autoroute. Avions en rase-motte : Services
Secret, le Mossad, et la CIA. Les déportés et les disparus
Des vols empaquetés pour Beyrouth, Grozny, Gaza. N’importe
Quelle zone de guerre. Grimpe jusqu'à Mars danser le shag.
La lumière blanche et chaude de la salle de bain
Du motel : superbe cosmologie d’urine,
De sang, et de crachat. Sans raison apparente,
Du feu dans l’évier, le cendrier et des brûlures
Sur le carreau. Le soleil coule comme une fuite
De planète à travers l’écran ouvert, bouillonne.
Ils disent que les cinq premières années vous définissent.
Les cinq premières années sont absentes de ma mémoire.

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« Cendrillon », Cynthia Cruz, Octopus # 10