vendredi 16 juillet 2010

Jake Kennedy / Tatouages pour Kathy Acker

Maman RIP

Sa mère se tue. Le chirurgien général venait juste d’établir que le suicide était un gros risque pour la santé chez ceux qui ont un excès de revenus. Chère Abby, écrivit-elle, au nom de toutes les filles concernées partout dans le monde, merci d’encourager « Désespérée aux USA » à chercher conseil tout de suite – ç’aurait pu être moche. Voyez, elle savait déjà ce que veut dire bagage. Pensez à elle quand elle était âgée de 17 ans. Sa mère prit son journal intime et l’utilisa comme collage dans la note de suicide. Entre ses tentatives et ses gémissements elle prit refuge dans le travail de Baudelaire.

Aigle américain

Elle attaque férocement l’Amérique capitaliste. On demanda à Jimmy Carter, Ronald Reagan, George Bush, et Richard Nixon ce qu’ils faisaient et ils répondirent : « On nique les petites adolescentes ». Pour gagner le Projet d’Intérêt Patriotique Américain, des jeunes pleins d’espoir étaient éduqués pour s’envoler comme des oiseaux de prière dans les cieux du commerce. Chaque année les banquiers américains du Top et les politiciens haut-placés du gouvernement étaient invités par la CIA pour visionner les travaux d’incendie au napalm dans les pays étrangers. Elle s’envola sur sa Yamaha à travers les états unis de l’Amérique de Clinton.

Crânes & Têtes de Mort

Elle plagie. Les pirates ont toujours terrorisé la bourgeoisie. Les pirates polluent le gouvernement, la vie, le commerce, et la culture. Mais que savons-nous réellement du drapeau noir ? Qui était-elle ? Quelles armes utilisait-elle ? Le pirate aventurier, au sens strict, était un voleur, un enfant pornographe avec une sale gueule de paria. Les pirates étaient des marchands du sexe qui faisaient des cartes de pays imaginaires peintes avec les mains : vous voyez, le Pirate était le dernier artiste vrai. Je me rappelle d’elle comme si c’était hier, comme elle a poussé d’un pas lourd la porte de l’auberge,  avec son gros coffre qui la suivait sur un char à bras. C’était une femme grande, massive, robuste, aux cheveux châtains. Sa queue de cheval poisseuse tombait sur les épaules de son manteau bleu très sale. Elle avait les mains abîmées, couvertes de cicatrices, des ongles noirs et ébréchés. La cicatrice d’un coup de sabre lui barrait une joue, une balafre d’un blanc sale. Je la revois, parcourant la crique du regard et sifflant pour elle-même, ainsi qu’elle le faisait avant d’entonner ce vieux chant de marin, qu’elle chanta si souvent par la suite* : 

"Sang et Boyaux à High School 
C'est tout ce que je connais 
Parents professeurs petits amis 
Tous doivent se casser d'ici"


Rose

Elle meurt du cancer. Trouve que Mexico râle quand elle respire. La chambre 101 est une chambre imaginaire dans laquelle vous pouvez mettre des objets, de la vaisselle, ou même les concepts que vous aimeriez voir retirés de la vie de tous les jours. Un rituel est une sorte de retirement de la réalité – la rose fanée veut dire : la décadence est sacrée, ici. Personne ne le conteste. 



Diagram # 3.4


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* Dans ce tatouage, la section qui va de "Je me rappelle comme si c'était hier" jusqu'au début du chant est un plagiat (à ceci près que les masculins sont transformés en féminins) du chapitre 1 de l'île au trésor de Stevenson. Clin d'oeil de Jake Kennedy à Pussy, king of the pirates, livre d'Acker revisitant le classique stvensionnien. NdT.




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