dimanche 1 août 2010

Andrew Kozma / Deux poèmes


De ceux qui ont atteint la principauté à travers les crimes

Le Prince, chapitre VIII.

Il voulait devenir langage et diviser
son corps en syllabes. Des événements

grossissent et font toujours déjà tenir leur forme
sur des axes, tournant comme des pièces, équilibrés

comme les gouvernements. Encore, seuls restent les mots
et il possède le don du traducteur : l’adaptation

aux besoins du moment. Un bras cassé est divisé en deux
mots sans relation. Voilà comment abriter le coupable

et comment distraire la mémoire. Entraine-toi et deviens
dangereux ; le monde change quand il parle

de ses crimes tout fort. Le carrefour
de la rue-fossé peut contrôler le sort


et grâce à l’intercession de prêtre
d’un bus ses poursuivants on peut les avaler comme des cailloux.

Au-dessus du bord de son dictionnaire claque
la figure de la mort tel un volet, entre deux poses.

D’abord elle s’assoit, on tire la tête au-dessus de son livre,
visage blanc mais c’est pour faire un sourire, un coup sec.

Ensuite elle émerge presque du bord de la fenêtre,
main levée, bouche ouverte, des yeux comme des cloches.


De quelle manière doit-on éviter les flatteurs

Le Prince, chapitre XXIII.

Chaque jour dans tous les domaines je progresse et progresse.

Je ne suis pas une grande gueule. Le sirop et le beurre passent tout seuls.
Sans bords, mon visage en entier est ce qu’il est. Ne vous
trompez pas : je ne suis pas une crêpe non plus.

Chaque jour dans tous les domaines je progresse et progresse.

Vous pouvez tenir ma voix entre vos mains : un bâton de charbon.
Certains composés se tassent profondément dans la peau, dans les organes ;
ils ne revendiquent pas seulement votre vie, mais ils habitent votre mort.

Chaque jour dans tous les domaines je progresse et progresse.

Un bâton dans vos roues, si le bâton parle. Ce n’est qu’avec ces yeux-là
au-dessus de moi que je me déplaçais. Ruse utilisée :
Vous pouvez vous représenter vous-mêmes lorsque vous n’êtes pas là.

Chaque jour dans tous les domaines je progresse et progresse.

Je suis une encyclopédie à moi seul remplie de définitions
pour l’air que vous ne respirerez jamais. Père
Luca, je continue à tenir conseil au milieu de moi-même.

Chaque jour dans tous les domaines je progresse et progresse.

Emile Coué a une réponse : malgré votre corps,
pour contrarier l’esprit, vous répétez des phrases-clé, des lèvres
qui caressent votre nouvelle vie, réduisent le bruit.

Chaque jour dans tous les domaines je progresse et progresse.

Même quand j’ai tort je tiens férocement le bon bout - il paraît
que nous sommes capables de voler, je nous balance à travers la fenêtre
pour ce bon moment dans les airs, ce bon moment dans les airs

Chaque jour dans tous les domaines je progresse et progresse.


Diagram # 6.5



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Note d’Andrew Kozma :


Ces deux poèmes princiers ont pour origine une traduction que j’ai lue pour mon cours : chaque chapitre et section du livre (introduction, table, index des noms propres) étaient imprimés avec la même police et la même taille de police, ce qui me fit penser que chaque partie ferait un bon titre de poème. Les poèmes eux-mêmes sont nés d’une tentative de translittération du texte de Machiavel, par quoi mon but était d’essayer de créer des morceaux qui, lus en connaissance du livre Le Prince, créeraient un troisième espace, différent de chaque morceau pris individuellement. En particulier, ces deux poèmes ont pour origine la question de savoir comment le « crime » est défini par l’état, ou redéfini par un criminel qui a réussi, et dans l’héritage des techniques d’assistance à soi-même.

A propos de l'auteur :

http://www.andrewkozma.com/


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