vendredi 11 novembre 2011

H.L. Hix / Trois poèmes extraits de Legible Heavens


Si découpé dans le soleil couchant
un cheval et un wagon Amish traversent
un pont au-dessus de l’autoroute,
pointant vers le Nord d’où ils sont, alors,


je te donne le nom de Miranda pour la merveille
des ailes à rayures, des engoulevents que jusqu’à aujourd’hui
je n’avais pas vus chasser depuis la première année
de ma vie précédente, ma vie perdue, une errante à présent
qui apprend à faire les poubelles après avoir échoué à quémander.
Rien que des totems me sont laissés pour marquage maintenant.
Ces oiseaux, ce chien, et toi – Miranda – listés
et lisibles, boule de faim et de travaux.
je te garantis un antidote, le miracle
d’empreintes de pattes, la preuve que les ratons laveurs invoquent le lac,
de quatre dindes folles qui picorent du fumier de maïs,
de glands qui font leur ploc particulier
quand ils tombent dans l’eau, le miracle de tranches de pomme
faites pour moi, des orages rêvés, de l’herbe mouillée quand je me réveille.


Si dans une rangée de lotissements
qui grillage la descente vers le cœur de Cleveland
un camion de poubelles garé en diagonale
occupe un yard entier de façade, alors


une femme se courbe, tourne le dos au vent,
nourrit des nouveau-nés au creux de ses mains, les réchauffe
de son souffle, mais c’est tellement chaud cette fin lointaine
du printemps qu’elle devrait mettre le feu à une Salem
à la place, trois articulations de doigts pourpres comme du sang coagulé,
et oui, elle expire, tourne, et marche à nouveau,
d’une démarche qui m’envoûte – tout m’envoûte -
avec une autre femme tout aussi balafrée et mince.
Mais tout ce qui tombe comme la pluie cette nuit va se lever
telle une brume de chaleur demain quand les vents mourront.
Ce doit être de radicales contingences
ce que nous appelons amour, la prévisibilité
de tout ce que nous appelons nos vies, des corps
que ces Grecs appelaient dieux, nus sous ce ciel.


Si la rivière Lena suit son cours vers le Nord
plus loin que le Mississipi va vers le Sud,
en drainant la neige de la montagne Yabblonovyy
jusqu’à la mer Laptev lacée de glace, alors


La nuance de son œil doit avoir une rivale quelque part
dans la préhistoire géothermale
de la pression imprimée sous ce qui est devenu le Brésil,
dans la lumière ignée finement tamisée par son histoire
qui se résume à une facette.
Dans quelque chose de lumineux au plus profond de la mer.
Dans l’épi de kina qui atteste du quetzal,
quand on carène à travers des verrières de lumière karstifiée.
Ou quand on donne le denier de la veuve aux insectes :
le dos du scarabée minutieusement pailleté de prismes;
le thorax de la libellule électrisé d’hexamites;
écrasés sur mon pare-brise tandis que je prenais la voiture,
un désir qui continuait de rougeoyer contre le crépuscule,
un sanglot solidaire de l’étoile qui avait été une luciole.


Extraits de Legible Heavens, Etruscan Press, 2008




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