dimanche 28 juillet 2013

Lisa Robertson / Maisons de bois






















Un travail appelé maisons de bois commence
Il explore différents degrés de peur. 

Et c’est curieux que tu n’aies pas choisi une image séculaire
La tâche d’Augustin était également impossible. 

Et nous avons dit qu’un bateau viendrait et t’emmènerait à Venise
Et tu es une loi du langage. 

Et ma bouche a participé
Et nous t’avons nourri de morphine coupée de miel.

Et tu es un tableau rare de peinture moderne dans le grand salon
Et tu es un mur de terre. 

Et tu es un calme idéologique
Et tu es mis à la porte pour chercher. 

Et tu n'es formé que des rigueurs de perspective de maçonneries
Et tu n’es pas un instrument neutre.
 
Et tu es pornographique
Et tu es l’imagination de la société comme arbre. 

Et tu es la femme s’agenouillant qui exprime de la peur
Et la femme regarde le spectateur un peu inquiète. 

Et tu es les pronoms d’amour, mépris, accusation, glamour
Tout ce que tu connais de l’animal vient de l’émeute de l’amour. 

Et tu es des Torontos d’arbres froids
D’où surgit le catalogue du matin. 

Et tu n’es pas mort en dehors de l’amour
Et tu ne juges pas. 

Et tu roules par terre et tu cherches à tâtons son vernis
L’homme à droite terrifié prend ses jambes à son cou. 

Et tu vois comment un animal meurt
En donnant une première goutte de volupté. 

Et on dirait que tu verses de l’eau de rose
Allongé dans les arbres pour la sieste. 

Et tu parles dans les feuilles
Pour flirter et te battre et apaiser. 

Et tu deviens une elle sans savoir ce qui se passe
La femme au milieu de toi s’agenouille, ou bien elle est assise ou peut-être elle a 
[simplement été dessinée hors d'échelle. 

Et tu es la dernière maison de bois
La charpente sculptée inclut les têtes de chiens. 

Et tu ne mourras pas
Mais le hasard a toujours un peu d'avance.

Et ton échec est ma langue
L’effet dramatique est accentué par le sol rouge et chaud qu’on voit à travers les dernières 
[couches.

Et ton cœur s'est arrêté dans ce grand désir de voir
Dans l’herbe haute.

Et tes bras charnus sortent des plis d’or et rose-fleur de tes tuniques
Comme dans les anciens genres littéraires.

Parce que c’est un fait connu
Les blessés tombent en direction de la pointe.

A cause du désir muet
Tu es le pavillon de teck.

Parce que tu voulais qu’on te flatte
Tu es peint ici comme la déesse de la mer Thetis avec deux de ses cinq fils.

Mais le hasard a toujours un peu d'avance
Mais pas sous les conditions de son propre gré.

Vider ton appartement pendant la saison des abricots
Ce n’était pas vrai.

Généreuse puis chiche
J’exprime ma plainte à moi.

J’exprime ma plainte à moi.
J’exprime ma plainte à moi.

J’ai participé à la transaction sauvage
Ça brûle de revenir vers toi.

C’est pure surface
Ca pousse tout droit vers l’auteur de sa blessure.

Il était 3 h 04 de l’après-midi
Comme tu inventais l'été dans un texte que j’ai découvert dans ta commode l’été 1998.

Ou une femme dont l’être tout entier semble chanter le sexe
Un homme montre sa compagne.

Parfois les appellations les plus évidentes sont tellement étouffantes que 
[tu ne peux qu’aller plus loin dedans
A supposer qu’une appellation te donne un intérieur.

Le lainage est tricoté pour révéler ton visage
Les plis suggèrent le potelé d’une jeune fille.

Le tissu est des syllabes et des rêves dans une colonie éloignée
Les parties de la vie ne se montrent pas en tandem.

Alors c’est l’été
Ce matériau s’est résigné au hasard, qui est spacieux.

Pour rendre une philosophie furieuse
Nous t’avons aidé à expirer.

Si l’amour arrive comme un garçon aux jambes de fillette
Tu es derrière entre Christ et l’adultère, à témoigner.

Tu es attaché à ma vérité
Une jeune femme regarde sans complexe hors du tableau.

Tu es la claustrophobie du tableau
A son sommet un couple regarde le ciel plein d'éclairs.

Tu es l’allure pénible de l’ennui versus l’utilisation du corps
Tu es la prochaine cabane aussi. 

Les personnages représentent les quatre âges de l’homme
Tu appelles ça passivité.

Tu as laissé les livres qui t’avaient entourés et moi étreignant ton corps
Accompagné par la ville uniquement.

Tu es couché là-bas blessé
Tu vois la précision de la ville éloignée à travers les voûtes arrondies du pont. 

Tu vois la chevelure opulente des femmes, retenue par des rubans colorés, leurs sandales 
[compliquées et les brins d’olive
Tu glisses ta queue dans le vagin de l’actrice.

Tu joues un air et puis tilt
Tu as participé à la transaction sauvage de la négation. 

Tu es des maisons de bois transformées en appartements et en restaurants
Ta respiration a joué son air de maison de bois. 

Tes échecs ne sont plus sacrés
La cabane. Le magasin de musique. La prochaine cabane.






Extrait de Magenta Soul Whip (Verses, essays, confessions, reports, translations, drafts, treatises, laments and utopias, 1995–2007. Collected by Elisa Sampedrin), Coach House Books, 2009.

Poème traduit une première fois en 2010. Traduction remaniée ce 28 juillet 2013.


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