samedi 22 février 2014

Sarah Cook / Poèmes


T’es juste un objet pour moi

C’est presque comme si
Quelque chose devait arriver
pour que je puisse
aimer quelqu’un.
Ma maison est largement plus crade
que la tienne.
Les choses apparaissent vite fausses
sans rapport avec le fait qu’elles
arrivent / n’arrivent pas.
Tuer c’est presque embrasser
quand tu te rends compte que les lettres
ne sont pas si loin d’autres lettres.
Je rêve de telles ressemblances,
combien ça serait facile juste
de t’appeler par quelque chose d’autre.
Le truc des rêves c’est que
t’es pas obligé d’être endormi.
Une fois, j’ai fait une connerie,
j’ai déçu mes parents j’ai grandi
rapidement comme un piano cassé j’ai tiré
la sonnette d’alarme et j’ai continué
ma route j’ai remarqué que tu répondais
à chaque mot que je prononçais assez fort
Je me suis réveillée


Les rêves ne viennent pas toujours quand tu es endormi

Je préfère ne rien savoir à propos de la nourriture à l’avance. Ça demande qu’on sache couper toutes les notifications instantanées et qu’on apprenne à compartimenter l’attention. Quand la pression fait du mal c’est parfois rien d’autre que ta tête ; c’est au corps de prendre plus de précautions, au corps de profiter d’une bonne détermination dans l’expression du visage.

Le corps, dans un petit grillage, que j’aime appeler ville. La ville faite de « marchés » qui vendent des choses, dont le goût a parfois celui de l’enfance.

Aujourd’hui j’ai compilé une liste de noms qui ne me disent absolument rien. C’est le moment où je rentre chez moi, dis préférer les fleurs aux mots, considère qu’il y a vraiment des os dans le plus petit bout d’orteil. Des fois, ça veut dire faire un peu de maths : apprendre à voir de l’eau dans la glace, apprendre à briser du liquide ; que le corps n’est pas une de ces cascades géantes ; que le corps est un poisson, non, un bâton par terre.


T’es juste un objet pour moi

La dernière chose que j’aie envie de faire
c’est de parler de moi.
Et la toute dernière chose,
te dire que je suis une magicienne,
une géante
sous ces gestes délicats
je pourrais être un homme nature,
qui vagabonde la nuit vêtu
de fringues assez frivoles.
Mais ce n’est pas vrai : le dernier endroit
où tu me verras, c’est dans la nature, mes
muscles sont trop puissants, ma fierté
trop précieuse.
C’est choquant que des gens puissent penser
qu’ils aiment le ciel, que ce n’est pas
qu’un mur bleu de fibres, un gros paquet inutile
de cordes qu’on a oublié de nouer.


J’ai ma fierté, et mon temps n'est pas gratuit

Ma prochaine blague ce sera de t’enfermer dans une maison durant un an, même si tu penses qu’elle n’existe pas. Récemment je trouvais que je ne m’étais pas assez fait les dents et j’espère que cette maison n’est pas faite que de mondanités. Ne va pas me pourrir le cerveau. Par exemple, le mot « pluie » a martelé contre le toit toute la nuit passée mais finalement il a achevé mon travail domestique, en se faufilant à travers les fissures qui parcourent les bords de la fenêtre et ça m’a collé un air de portrait de commande, ça me dessinait un vêtement mieux qu’un corps.

Cette maison ne fonctionne même pas, cette pluie ne fonctionne même pas correctement.

Je veux que tu comprennes que les roses sont les fleurs les plus stupides, que les nombres sont parfois plus des symboles que de la quantité. Laisse-moi te montrer tous ceux qui n’ont rien à voir avec les maths. C’est plus simple qu’il n’y paraît.

J’ai plié une serviette de papier dans ma bière, j’ai confectionné de la bière dans des petits origamis de fleur. Tout est capable de devenir « bon ».


T’es juste un objet pour moi

Toujours, je te surprends à répéter la même chose dans nos conversations : à quel point le monde est du sol, comment les mots disent tous la même chose (terre, sol, etc  …) Tu as l’air magnifique avec la terre qui fait du surplace sous tes pieds, je pourrais te tacler et juste supposer que les choses qui nous entourent vont finalement nous conduire à une halte.




Série parue dans la revue en ligne Poor Claudia, novembre 2013.




















Photo : © Heather Benning

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