jeudi 3 avril 2014

Patrick Dundon / Poèmes



D’une certaine manière rien n’a changé

Quand je t’avais sur le bout de la langue
Comme un flocon de neige ou une tranche

de dinde de thanksgiving
je n’avais pas réservé une chambre pour prendre un café.

Tout change lentement autour de moi :
les continents bougent, la gamelle en métal du chien déborde de pluie.

Je commande un latte sur le pouce mais je reste.
Tu me textotes Je serai bientôt à la maison.

Si tu continues de parler tu vas perdre ta voix.
Si tu continues de vivre tu vas mourir.

La nuit des élections j’ai trouvé une mouche
qui se noyait dans mon verre de vin. J'ai pris

son corps imbibé sur le bout de mon index
et je me suis souvenu de notre rencontre.

Le chien attaché au parcmètre
tombe amoureux de tout le monde.

Tellement mignon, tellement gentil.
Dors, réveille-toi, recommence.

Je suis enfermé dehors.
Tu as oublié d’éteindre.


Paris est une ville faite pour les amants

Nous voulions manger des baguettes et du jambon.
Nous avons mangé des baguettes et du jambon.

Après, la lente descente loin de toi –

Tu disais que ton coeur était une mule.
Tu disais que ton coeur était un four à pain rapide.
Tu disais que ton coeur était une grappe d’argent.

L’océan, on aurait pu tomber dedans –

Tu as dit le mot “prudence”.
Tu as dit le mot “soi”.

Je ne peux pas m’empêcher de nous réduire –

Toi, nue, qui balance une carafe d’eau sur le carreau de la cuisine –
et moi, dans mon lit de fortune, à faire semblant de dormir.


Paris est une ville faite pour les étrangers


Comme si je n’avais plus de corps, comme si j’étais un cerveau, les yeux des passants se fixent dans mon dos. Il commence à pleuvoir. Un homme demande qu’on lui fasse la monnaie. Il en a besoin, moi j’ai la monnaie que je ne veux pas, la monnaie que je ne peux pas faire. Les nuages migrent vers une voiture qui fait marche arrière dans une allée. Ce dont j’ai besoin peut rentrer dans une valise. La ville teste ses sirènes tous les mercredi : ce n’est pas la guerre, c’était la guerre, ça pourrait être la guerre. Je règle ma montre.


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Paru dans la revue en ligne Poor Claudia, rubrique "Phenome", 2014.


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