jeudi 1 mai 2014

Cecilia Vicuña / Fil de la voix… Le mythe pour nous est langage




[ayant fini de chanter, Cecilia tient un petit cerceau de coquillages qu’elle secoue dans le micro]

quand on nous a demandé de venir ici et de parler
disons de mythe
la première chose qui m'est venue à l’esprit est que
bien sûr

rien que le mot mythe
est un mot
qui est vu ou qui est dit de l’extérieur
et
si je voulais dire rien qu’une chose à propos de ça c’est que
tel que je l’entends

peut-être
le mythe est pour nous
langage
juste des mots clairs et

et ensuite les mots

tels que je les entends
ils sont du temps

simplement
temps

et du son

écrit
et du son

qui respire

et il y a une tradition ancienne qui dit que la voix est le
pont
grâce à quoi par le fil de la voix

nous traversons les dimensions

parce que l’univers a été crée par le son
c’est une idée commune à l’inde ancienne
et aux andes anciennes
donc nous créons
par son

et le mot que nous utilisons maintenant
SOUND
sonído en espagnol
originellement
dans cette langue proto-européenne
qui est la langue que nous parlons en anglais
c’était swen
et swen veut dire se préparer
pour l'incantation
donc même dans les langues indo-européennes sound
était incantation

maintenant

à cause de cette
requête presque drôle de parler de mythe
j’aimerais juste évoquer
quelques mythes qui sont pertinents je pense vu la circonstance

deux d’amérique du sud
l’un des deux
est un mythe contemporain
qui explique l’origine des
gens
qui écrivent
et des gens
qui chantent

et dans ce mythe
les dieux ont créé
les indigènes d’amérique du sud et
ils les ont crées avec une grande mémoire donc
uniquement à travers le son
ils peuvent se rappeler de l’histoire
du peuple tout
entier

alors
à côté de ça
les dieux ont créé des gens
qui n’ont pas de mémoire parce qu’ils ne leur ont pas
fait don de la mémoire
ils ont été crées avec un petit calepin dans les mains

et ces gens sont les européens

voilà
c’est un des mythes que je voulais rappeler pour vous
et il y en a un autre
que
j’aime particulièrement
c’est un mythe
de
ahh
un mythe
de créature aussi contemporain
et cette créature vit dans les banlieues de la lima qu’on connaît
je ne sais pas si vous connaissez lima lima
est comme la ville du métissage quintessentiel
une ville créée par les blancs qui ne peuvent pas admettre
même en ce moment qu’ils peuvent être
tranquilles au pérou
c’est-à-dire
tranquilles dans les andes
on pourrait parler de santiago
la ville d’où je viens [plus fort]
est-ce que [plus fort]
vous ne m’entendez pas ? [non,.. on ne vous entend pas du tout]
pas du tout ?
[non…nan]
[rires]
vous voyez
à parler de son
je suis malade
c’est ça le problème
j’ai un mal de gorge
qu’est-ce que je fais
[vous ne pouvez pas l’ouvrir ? Vous ne pouvez pas ouvrir le micro ?]
si j’essaie de parler plus fort
se sera

[prenons une pause de trois minutes, pour réparer le micro]

…..

donc ahhh
je ne reprendrai pas les choses
que je disais
parce qu’elles sont bien mieux
perdues

[rires]

mais je reviens sur le mythe du pistachier
pistachier ? non
vi
viiiiiiiiiiiiiieàChier
le mythe de la ViiiiiieàChier
parce que je suis sûr que vous ne voulez pas le manquer celui-là
et donc
je disais que c’était un mythe contemporain
sur le son
et cette créature appelée Vie à Chier elle vit
dans les banlieues de lima
et cette créature a été ahh
placée là par les européens
et son projet est de manger tous les indiens
qui descendent en ville
pour trouver du travail
alors quand vous arrivez dans la ville
vous entendez ce hummmmmmmmmmmmmmmmmmm

comme ce que vous entendez là
et le hummmmmmmm de toutes les machines
les avions et les voitures et tout
c’est le son de cette ViiiiiieàChier
qui a mangé
et continue de manger tous les indiens
les lamentations des indiens qu’on a mangés
sssont alors dubrUIiiit industriel
alors
hhuuuuuuuuuuuuuu

c’est ça

nous aimons vraiment les lamentations
la lamentation est ce qui nous rend vivant
pleurer crier
et José Lezama Lima dit que
Lumière est le premier animal visible de l’invisible

Adoooonde vaaaan los suuuuaves inuuuuuméros …


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Texte tiré d'une performance faite à SUNY Buffalo, le 10 mars 1994. La traduction (faite en 2005, revue en 2014) se base sur la transcription originale de Kenneth Sherwood. Il n'y a pas, à notre connaissance, d'enregistrement audio ou vidéo de cette performance.




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