lundi 24 août 2015

Sarah Galvin / Le panneau avec rien dessus



Ce panneau vide devant le motel, c’était mon objet préféré dans le quartier lorsque j’étais enfant. Il est découpé comme pour signifier qu’on peut y inscrire des mots, mais, aussi loin que je me souvienne, il a toujours été plein de ce même gris-vert.

« Regardez, c’est le panneau avec rien dessus ! », criais-je à mes parents quand nous le dépassions en voiture. Après mûre réflexion quant aux raisons d’exister d’un tel panneau vide, je décidai que ce devait être de l’art.

Mon oncle disait « Les tableaux de crucifixion sont vraiment beaux. Voilà ce qui distingue une crucifixion réelle d’un tableau. C’est pourquoi les gens peignent. »

J’imaginais que les crucifixions avaient les couleurs du petit jésus érodé en plastique du camion de glaces des voisins, et qu’elles sentaient comme les vêtements des adultes après quelque événement où l’on était obligé de rester assis et d’être sage.

La nuit où maman a rentré la voiture dans la cour de devant, mon oncle rappliqua tout de suite à la maison. J’étais debout toute seule dans la cuisine, dans le noir, et il m’a emmenée. Mon oncle, qui avait l’habitude de mettre ses fausses dents au niveau de son nombril pour qu'elles s'amusent à me parler.



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Extrait de The Three Einsteins, Poor Claudia


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