mercredi 16 novembre 2016

Amy Miller / Trois poèmes



La douleur comme le traducteur universel de Star Trek

Prononce Père et ça dit
Premier cheval.
Prononce Mon amour
et ça dit la liberté.
Ces planètes sont toutes
mes planètes, leurs langues,
mes chansons perdues d’insecte en excès de vitesse.
Allez, Scotty,
tout le monde meurt dans le gel provoqué
par le camion de marchandises de quelqu’un.
On ne t’a jamais renvoyé sous forme
de division ? Et c’est quoi ce langage
rétrograde, désormais ? ça dit
que mon bébé a disparu
lorsque tout ce qui explosa
était un monde.


La douleur comme une petite caisse en bois

Tu la portes avec une main par-dessous,
une par-dessus. Dans le train, tu tires
un pan de ta veste pour la cacher,
même si tu n’es pas sûr
de savoir ce qu’elle contient. Ça fait
comme un bruit de gravier. Aujourd’hui
c’est lourd, un monde si vieux,
terne et plat alors qu’au-dessus de toi
les langues printanières produisent du vert.
Tu en vois d’autres avec leurs caisses,
leur attention méticuleuse,
à faire gaffe où ils mettent les pieds dans les virages,
aux fissures qui pourraient grandir.
Les lâcher – impensable.
Trop délicieux.


La douleur comme la lecture d’un roman à l’eau de rose sur une croisière caribéenne

C’est-à-dire que allez vous faire foutre,
inquiétudes mesquines et glissements de schiste
des épaules impossibles du passé.
Qui me regarde en train de lire, je m’en fous,
ou qui veut me vendre du bonheur
avec deux t-shirts moulants et un coquillage –
sirène corsetée. La mer
se monte dessus, et dans son ventre
les créatures aux milliers
d’yeux sont très occupées. Une grande
indifférence attend, au visage de sel, une ligne
qui coupe la vie de l’espace. Les repas
ne sont jamais vraiment gratuits. Vous payez.
Seulement vous ne le savez pas.


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Poèmes extraits de I am on a river and cannot answer, BOAAT Press, 2016 (Chapbook).





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