mardi 22 octobre 2019

Sanya Noel / Comment nous t'aurions appelée si tu avais vécu


La grosse future diplômée. La mocheté hilare.
Mais t’aurais balayé ça d’un grand rire.
Et ton père ne serait pas entré en pétard dans l’école,
avec des policiers habillés en civil.

On n’aurait pas arrêté le professeur pour agression.
Pas d’attaques d’épilepsie, Maggie.
Pas d’effondrement le jour de l’obtention de ton diplôme,
quatorze ans plus tard.
Nous te regardons marcher pour gagner le droit de lire.
Tu n’es plus un bébé, Maggie.
Tu n’es plus une grosse enfant gâtée du tout.
Tu n’es plus une mocheté, Maggie.
Tu ne tords plus la bouche quand tu parles.

Nous n’aurions pas aimé avoir une attaque d’épilepsie
Juste avant que le professeur te frappe, Maggie.
Mais aucune épilepsie ne nous protège de la cruauté du professeur.
Aucune maladie ne nous empêche d’aller à l’école, contrairement à toi.
Pas même la simple Malaria, Maggie.
Et nos pères ne viendront pas à l’école avec des policiers
à cause d’un professeur qui nous a frappés.

Mais tu es morte maintenant.
On t’a enterrée, Maggie.
Et nous n’avons jamais repris ;
Grosse, moche, la bouche qui se tord.

Nous voulions juste ton épilepsie.

Nous voulions juste un père
qui ne nous dérouille pas parce que les professeurs nous battent, Maggie.
Nous voulions juste une maladie, une condition, la police, une mère, n’importe quoi,
pour nous protéger du professeur de maths.

Et tout ça tu l’as eu.
Ne comprendras-tu jamais, Maggie ?  



 __

Poème paru dans la revue The Magunga : http://www.magunga.com

Sanya Noel Lima vit et travaille à Nairobi, Kenya. 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire