dimanche 12 janvier 2020

Amy Lawless / Mon thérapeute



J’ai dit à mon ami
pourquoi je ne voyais pas de thérapeute :
je mentirais à n’importe quel thérapeute et j’ajusterais mes
problèmes en fonction
de ce que je crois que le thérapeute veut entendre

Il m’a dit que ça signifiait
que j’étais folle et que j’avais vraiment besoin d’aller voir un thérapeute.

Je ne vais pas argumenter là-dessus.

Je donne un nom à une nouvelle sorte de thérapie :
Silence de la Nuit

Le bruit que fait un sac en plastique
lorsqu’il vient se coller contre ma cuisse
tandis que je rentre chez moi depuis la bodega

Quand je rentre chez moi, la thérapie c’est le plafond rosé après
avoir allumé  ma lampe de sel himalayenne

Saviez-vous que Freud
n’a jamais dit que les irlandais étaient hermétiques
à la psychanalyse ? C’est plutôt quelque chose
qui a circulé et circulé
sans attribution
pour finalement faire son entrée dans le film de Martin Scorsese
Les affranchis
et maintenant tout le monde pense que c’est vrai
Mais non

Allez,
tu y as été

À quatre heures du matin
ne trouvant pas le sommeil j’ai fait un quizz en ligne
et le résultat c’est que
je suis une démone
de la nuit.

Je lis les mêmes poèmes d’Elisabeth Bishop
jusqu’à ce que je puisse tenir l’almanach entre mes mains
ou avoir le goût des larmes noires*
ou sentir le vieux papier peint ou voir un geste
que j’aime**

Les gens se promènent autour de moi avec des prénoms comme Mike, Dave, Elliot, Jose, Keith, et ça va. Ça va très bien.

Je suis une américaine.
Je chie comme le pape.

Ça va bien. 

Je fais bondir les idées
hors du silence
je leur parle et il n’y a pas
de réponse, ce qui en l’occurrence constitue leur
propre manière de répondre.

Le silence est un message
que j’écoute.





* L'almanach et les larmes noires font référence au poème d'Elisabeth Bishop, "Sextine." (Ndt.)
** Le vieux papier peint fait référence au poème "The fish" et un geste de que j'aime au poème intitulé "L'art." (Ndt.)



Poème paru dans la revue The inquisitive eater


__



















© Amy Lawless

Aucun commentaire:

Publier un commentaire