samedi 8 février 2020

Amy Lawless / 5 poèmes



Histoire de chiottes

Parfois, quand on nous décrit quelque chose d’horrible, on joint à la description une musique ou un film. Ça aide l’humanité à tirer des leçons de ces événements. Mais qu’en est-il de ces trucs qui arrivent à propos desquels personne ne voudrait créer de l’art ? Peut-être que Disney en fait un chat, ou peut-être qu’un artiste vous les couronne d'une vague ébauche. Prière de synchroniser mon corps mais sans remonter la fermeture éclair.  



La forme du drapeau de l'Espagne

Durant mes insomnies, je pense à Marc Summers de Double Dare*. 
C’est un obsessionnel-compulsif qui se lave les mains genre mille fois par jour. 
La rivière. Je me demande s’il s’est lavé les mains dans la rivière. 
En théorie c’est marrant, mais il aurait trop peur des différentes autres 
bactéries qui ne sortent pas d’un robinet.  
Au coup de feu, tous les chevreuils arrêtent de péter et de ruminer
l’herbe, ils regardent une fraction de seconde dans sa direction et puis ils détalent 
loin loin comme, disons, des nazis, loin. 
Ce moment où je rejoins mon lit, grave, sachant que les sept prochaines heures 
seront un enfer. 
Après l’éruption du volcan, toutes les victimes subsistent grâce à ce qui est sorti 
du volcan. On les appelle des Mangeurs de Cendre, ou des Cendrariens, ou des Cendrivores. 
Je choisis un Mangeur de Cendre et il monte mes escaliers jusqu’à ma chambre. 
Puis, la nuit suivante, repu, il dort sur le canapé. 
Et puis il y en a de plus en plus. On ne peut pas les nourrir convenablement et les satisfaire. 
Je pète les plombs. J’en peux plus de faire bouillir du soda et du vinaigre et des colorants. 
Tout le monde sait que le papier mâché, c’est dur. 
Les Mangeurs de Cendre me disent que la catastrophe est bien réelle. Ils me disent que le déluge de cendres que j’ai provoqué dans ma cuisine est bien réel. Ils me disent qu’il n’y a plus un arbre. 
L’un d’eux a de la cendre là où devraient se trouver les pupilles. Un autre a une tache d’huile marron incrustée dans la forme du drapeau de l'Espagne. Je lui ai dit que c’était une gourde. Il était dans mon lit, le regard plein de colère, tel un zombie ignorant qu’il est un zombie. J’ai dévalé les escaliers et je lui ai envoyé une lettre électronique lui demandant de partir.  
Là je suis en train d’attendre sur ma chaise qu’il réponde à mon message.

* Emission télévisée américaine, présentée par Marc Summers (ndt).



Science du corps

Ma peau extrait de l’eau à partir d’elle-même
et Adam a dit que c’était de la sueur et on dit de l’eau que c’est de la sueur.
Mes parties intimes vident l’eau de ma vessie
et Adam a dit que c’était de l’urine et on dit de l’eau que c’est de la pisse ou du pipi.
Mes canaux lacrymaux excrètent l’eau de mes yeux
en liaison avec l’émotion
et c’est ce qui s’appelle pleurer et on dit de l’eau que c’est des larmes.
Chacune des eaux procède d’hormones différentes, expulse des substances différentes selon.

Je ne sais pas comment appeler ce sentiment mais je sais que tu es principalement de l’eau aussi et que tu es parti de moi.


La miction masculine

La plupart des hommes urinent debout. Le prépuce provoque une turbulence.  L’homme circoncis urine avec plus de débit. Une étude statistique intéressante pourrait analyser la relation entre l’ego masculin et la puissance de sa pisse. Après avoir uriné, un homme non-circoncis presse ou secoue tout doucement (branle) son penis. Le pantalon de l’humain mâle comporte généralement une braguette – une fermeture-éclair lui permettant un accès facile à son membre, et, si nécessaire, à sa vie sexuelle.  Oui, d’autres pantalons sont en effet possibles, mais ils sont en général réservés aux travelos ou aux hommes qui préfèrent uriner assis. Ces pantalons ont une ceinture élastique qui permettent aussi d’accéder de manière relativement facile au penis pour des besoins de miction, de sexe, ou pour légèrement mouler les couilles. 



Dichotomie

Dedans pour une journée, exposée
au dehors durant deux heures
Quarante-cinq minutes à soixante-dix kilomètres/heure dedans
Cinq minutes dehors
Une minute et quarante secondes dehors
Dix heures dedans
Quatre minutes dehors
Dix minutes dedans
Trois minutes dehors
Une heure et demie dedans
Cinq minutes dehors
Quinze minutes à quatre-vingt kilomètres/heure dedans
Dix minutes dehors
Deux heures dedans
Dix minutes dehors
Quinze minutes à soixante kilomètres/heure dedans
Dix minutes dehors
Quinze heures dedans.


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© Amy Lawless

Suite de poèmes parus dans la revue BlazeVox, en 2010. Traduits une première fois en 2011. Oubliés. Repris entre le 27 et le 30 janvier 2020.





Image volée en cherchant de la cendre avec Google Images. 





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