mercredi 1 juillet 2020

Dorothea Lasky / Comment nous écrivons et en vue de quoi (La poésie n'est pas un projet, 4/4)

  
J’aime les poètes. Je crois que les poètes sont spéciaux, et plus encore, que tous les artistes sont spéciaux. Et plus encore, je pense que la pensée spéciale des artistes tient à sa non-linéarité. Je crois vraiment que si l’espèce de pensée kaléidoscopique (le contraire de linéaire) qu’engagent naturellement les artistes était plus encouragée chez tout le monde, nous aurions un monde nouveau et meilleur.  Nous pourrions même créer un siècle plein de renaissance esthétique. N’est-ce pas ça que vous voulez ? Parce que si nous encouragions plus les artistes à prendre plus de temps pour penser dans notre monde (au lieu de tout faire pour leur rendre la tâche difficile), nous aurions un monde qui ressemble un peu plus à ce que nous désirons. Un monde de paix, de prospérité, et d’amour.  Parce que les poètes fabriquent du langage et fabriquent du langage magnifique, grâce à quoi les poètes vivent et construisent un monde nouveau. 

Il y a beaucoup à faire encore dans ce nouveau siècle pour rendre notre monde meilleur et pour rendre le monde meilleur pour les poètes. Commençons par évaluer les poèmes au-delà des projets. Quand nous aurons fait ça, nous pourrons commencer à sentir que le monde que nous cultivons est toujours neuf, unique, et sauvage.

Parce que les poèmes peuvent, dans une certaine mesure, rappeler au monde ce qui est toujours possible, dans la manière dont on crée et la manière dont ils existent. Soumettre à un format insuffisant ces rares chances de création est un petit sacrifice. Un tout petit sacrifice, en apparence, sur la longue route qui mène au redressement complet de ce qui est encore possible dans ce monde. Je refuse cela. Au lieu de faire des concessions, faisons la fête, poètes. Et que tout le monde se ramène.



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© Dorothea Lasky, extrait de Poetry is Not a Project, Ugly Duckling Presse, 2010







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