dimanche 29 mars 2026
mardi 15 avril 2025
Brian Builta / Utilité
lorsque je tombe sur un cercueil ou un clou.
Mon marteau est tellement utile que je le garde
au fond d’un sac en velours sur un lit de velours
dans une chambre tapissée d’un velours à la Elvis.
Un poème n’est pas un marteau, ni un gyroscope,
ni un sextant, ni un boy scout boutonneux.
Un poème comme celui-ci n’est d’aucune aide quand
tu meurs de faim, a besoin de péter une horloge
ou si quelqu’un entreprend de séduire ta douce.
On ne peut pas s’essuyer avec un poème, ni
poser une abeille sur sa surface lumineuse
ni le faire briller sous une lumière capricieuse et terne.
Les poèmes ne peuvent pas redresser une terre ramollie
(même s’ils peuvent caler une table bancale)
et ils ne peuvent pas allumer le ciel. Ainsi,
ce poème a besoin de s’expliquer.
Son inutilité donne un sens suffisant.
7 avril 2018
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Revue Diagram 25.1, Avril 2025
vendredi 27 décembre 2024
Edward Salem / Misandrie
Il devrait aller sans dire
que toute ma sympathie va
aux Séminoles, Iroquois,
Ojibwés, etc.
Mais j’ai peur que les Palestiniens,
comme eux, disparaissent des radars.
Les Hmongs ont disparu, les Ouïgours,
les Rohingyas, les Nankins.
Les Noires qui écrivent en ligne,
ouvertement misandres, je les envie.
Je comprends. Quand les hommes blancs
disparaitront dans un futur lointain, eh bien
il n’y aura encore pas
de justice. Uniquement des gens nouveaux
avec une mémoire courte.
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Poème paru dans Paperbag Magazine no 15.
A propos de l'auteur : https://www.poetryfoundation.org/poets/edward-salem
vendredi 7 juillet 2023
George Drew / L'anecdote du rat
Une nuit j’ai vu un rat. Le plus gros rat que j’aie jamais vu.
Il s’éclipsa, en longeant le caniveau, et il traversa la route où je me trouvais.
J’étais assis sous le porche. Au crépuscule. La lumière s’estompait
[ comme une vieille ampoule.
Mais le noir n’était pas vraiment le noir. Pas encore.
Je n’ai pas bougé. Pas le moindre petit muscle.
Pas un clignement des yeux. Mais le rat m’a vu. Il s’est arrêté. Ses moustaches on eu un petit sursaut, comme pour dire je t’ai vu, je t’ai vu… Il m’a fixé. Je l’ai fixé.
Pendant un bon moment nous nous sommes fixés. J’ai pensé qu’il allait traverser la route.
Que ça viendrait de moi. Mais non. Il a juste fait demi-tour. Il a continué son chemin
le long du caniveau. Pour rejoindre la route. Pour disparaître de ma vue.
Je n’ai jamais revu
ce rat. Pas une seule fois en quarante ans. Mais il est toujours là. De l’autre côté
de cette route. De n’importe quelle route. Il est toujours là. Pas le rat réel,
le rat physique, mais son ombre. L’ombre du rat. Elle s’allonge avec les années,
et les années s’accumulent. Et l’ombre du rat fait le même poids. Bientôt,
bien assez tôt, il sera là. Le rat. Le rat réel et physique. Plus gros que jamais.
Massif. Oui, il sera là. Il avancera. Il viendra de l’autre côté de la route.
Il atteindra le porche. Où je me trouve assis. Il viendra. Le rat. Son ombre
assombrira le noir. Le rat. Cette fois, il ne disparaîtra pas.
Poème paru dans Pedestal Magazine #92.
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mardi 11 octobre 2022
Angelo V. Suarez / Poème à poéticité décroissante
Ceci est un poème. Ce poème est un essai sur la forme. Ce poème est un essai sur la forme en tant que performance.
C’est un essai sur la forme en ce qu’il délimite la forme de cet essai comme poème, & donc, par sa performance, il exemplifie ce que la forme peut être & par conséquent ce que peut être la poésie. C’est une évidence, un essai peut être un poème tout autant qu’un roman peut être un poème : l’essai performant comme un poème, le roman performant comme un poème.
Interrogeons-nous sur le moins évident : Votre anus peut-il être un poème, i.e., votre anus peut-il performer comme un poème ?
En quelle mesure votre anus est-il une enquête linguistique dans la poésie prise comme poème ? Cette mesure est la mesure de son existence en tant que poème. Annoncé comme une enquête linguistique dans la poésie prise comme poème, il fait un pas dans l’institution de la poésie. Inclus dans l’institution de la poésie comme poème, votre anus est un poème.
Interrogeons-nous sur ce qui est encore moins évident : Votre anus mérite-t-il de devenir un poème ?
Quoiqu’il en soit, cet essai ne parle pas de votre anus, même si son objet passe par l’utilisation de votre anus comme d’un exemple.
L’objet de cet essai est l’essai comme poème, lequel, en tant qu’essai, délimite sa forme comme poème. Mais cet essai n’est pas tout ce qu’il y a pour le poème. De la même manière que l’anus représente une absence – c’est un trou –, ce travail représente aussi une absence.
Considérez que cette référence à l’anus est une allusion à Carl Andre : Une chose est un trou dans une chose qui ne l’est pas.
Tel qu’annoncé dans le titre, ce poème fait partie de ceux dont la poéticité décroit. En d’autres mots, c’est un poème dont la poéticité consiste dans la décroissance. En d’autres mots, il n’est toujours, complètement, qu’un poème – mais d’autant plus pleinement qu’on le désaffuble de sa poéticité.
Un devenir-trou comme poème. Un devenir-poème comme poème.
Ouroboros de 2 Roberts : Selon Morris, à ce poème, on est en train de retirer sa qualité esthétique – qui augmente à travers son absence. Selon Rauschenberg, la poéticité de ce poème diminue dès lors que je dis qu’elle diminue – ce qui en fait un poème.
Mon propos consiste dans le processus du retirement, qui aboutit à ça : vous lisez ce poème en tant qu’il est un essai sur la forme.
Plus vous lisez quelque chose de ce poème, plus il se désaffuble de sa poéticité. Plus le travail est poétique – imprégné de valeur esthétique – et plus il demeure non lu.
Une page, un paragraphe – c’est une façon de donner, dans le travail, du poids à la manière dont beaucoup de choses y sont devenues non poétiques, quand beaucoup d’autres restent poétiques.
Mon propos consiste dans le processus du retirement, qui aboutit à ça : vous lisez ce poème en tant qu’il est un essai sur la forme.
Ce poids, vous vous en doutez, c’est juste une approximation. C’est de la mimesis premier degré. Vous pouvez tourner une page qui demeure non lue de la même manière que vous pouvez tourner une page que vous avez à moitié lue. C’est la lecture du travail qu’on a annoncé comme étant ce qui désaffuble le poème de sa poéticité, et non le tournage des pages.
Arrêtez tout de suite si vous souhaitez que ce travail conserve ce qu’il lui reste encore de poéticité. Poursuivez si vous voulez que ce poème devienne pleinement un poème.
Découvert, le bruit secret de Duchamp cesse d’être secret. Ce n’est un travail artistique que dans la mesure où la source du cliquetis sonore demeure inconnue.
Extraite de sa boîte, qu’il soit prouvé ou non qu’il s’agit de la merde de Manzoni, la merde de Manzoni cesse d’être de l’art. Dans la mesure où le travail est autant celui d’une dissimulation de l’objet que l’objet lui-même. La dissimulation est l’objet.
Je suis en train d’écrire ceci 5 jours après le quatre-vingt-septième anniversaire de George Brecht. Ces chiffres n’ont aucune incidence sur le travail, même si je fais appel à Brecht, dans l’esprit de son épreuve appelée « Exercice » – le présent travail ayant été mené dans cette veine.
« Déterminez les limites d’un objet ou d’un événement », dit l’épreuve. « Déterminez les limites de façon plus précise », dit-elle. « Répétez jusqu’à ce qu’il soit impossible d’augmenter en précision », dit-elle.
Un objet autant qu’un événement : Cet essai intitulé « Poème à poéticité décroissante » performe la délimitation de ce poème en tant qu’objet-événement. & ce faisant, il délimite en effet – par expansion – ce que permet l’institution de la poésie.
En attendant, si vous êtes arrivés à cet endroit de l’essai, vous avez aussi lu ce qui le précède ; cet essai devrait avoir perdu un bon paquet de poéticité.
Permettez-moi cette affirmation arrogante : Ce que ce poème a perdu en poéticité, toute la poésie philippine l’a gagné en complexité.
Un objet autant qu’un événement : Cet essai intitulé « Poème à poéticité décroissante » performe la délimitation de ce poème en tant qu’objet-événement. & ce faisant, il délimite en effet – par expansion – ce que permet l’institution de la poésie.
Ce poème a seulement perdu plus de poéticité.
Ce poème a seulement perdu plus de poéticité.
Ce poème a seulement perdu plus de poéticité.
Ce poème a seulement perdu plus de poéticité.
Ce poème a seulement perdu plus de poéticité.
Ce poème a seulement perdu plus de poéticité.
À la fin de cette phrase la poéticité de ce poème aura complètement diminué.
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Poème à poéticité décroissante traduit Poem of Diminishing Poeticity
paru chez GPDFeditions (www.gauss-pdf.com) en 2011.

