Ceci est un poème. Ce poème est un essai sur la forme. Ce poème est un essai sur la forme en tant que performance.
C’est un essai sur la forme en ce qu’il délimite la forme de cet essai comme poème, & donc, par sa performance, il exemplifie ce que la forme peut être & par conséquent ce que peut être la poésie. C’est une évidence, un essai peut être un poème tout autant qu’un roman peut être un poème : l’essai performant comme un poème, le roman performant comme un poème.
Interrogeons-nous sur le moins évident : Votre anus peut-il être un poème, i.e., votre anus peut-il performer comme un poème ?
En quelle mesure votre anus est-il une enquête linguistique dans la poésie prise comme poème ? Cette mesure est la mesure de son existence en tant que poème. Annoncé comme une enquête linguistique dans la poésie prise comme poème, il fait un pas dans l’institution de la poésie. Inclus dans l’institution de la poésie comme poème, votre anus est un poème.
Interrogeons-nous sur ce qui est encore moins évident : Votre anus mérite-t-il de devenir un poème ?
Quoiqu’il en soit, cet essai ne parle pas de votre anus, même si son objet passe par l’utilisation de votre anus comme d’un exemple.
L’objet de cet essai est l’essai comme poème, lequel, en tant qu’essai, délimite sa forme comme poème. Mais cet essai n’est pas tout ce qu’il y a pour le poème. De la même manière que l’anus représente une absence – c’est un trou –, ce travail représente aussi une absence.
Considérez que cette référence à l’anus est une allusion à Carl Andre : Une chose est un trou dans une chose qui ne l’est pas.
Tel qu’annoncé dans le titre, ce poème fait partie de ceux dont la poéticité décroit. En d’autres mots, c’est un poème dont la poéticité consiste dans la décroissance. En d’autres mots, il n’est toujours, complètement, qu’un poème – mais d’autant plus pleinement qu’on le désaffuble de sa poéticité.
Un devenir-trou comme poème. Un devenir-poème comme poème.
Ouroboros de 2 Roberts : Selon Morris, à ce poème, on est en train de retirer sa qualité esthétique – qui augmente à travers son absence. Selon Rauschenberg, la poéticité de ce poème diminue dès lors que je dis qu’elle diminue – ce qui en fait un poème.
Mon propos consiste dans le processus du retirement, qui aboutit à ça : vous lisez ce poème en tant qu’il est un essai sur la forme.
Plus vous lisez quelque chose de ce poème, plus il se désaffuble de sa poéticité. Plus le travail est poétique – imprégné de valeur esthétique – et plus il demeure non lu.
Une page, un paragraphe – c’est une façon de donner, dans le travail, du poids à la manière dont beaucoup de choses y sont devenues non poétiques, quand beaucoup d’autres restent poétiques.
Mon propos consiste dans le processus du retirement, qui aboutit à ça : vous lisez ce poème en tant qu’il est un essai sur la forme.
Ce poids, vous vous en doutez, c’est juste une approximation. C’est de la mimesis premier degré. Vous pouvez tourner une page qui demeure non lue de la même manière que vous pouvez tourner une page que vous avez à moitié lue. C’est la lecture du travail qu’on a annoncé comme étant ce qui désaffuble le poème de sa poéticité, et non le tournage des pages.
Arrêtez tout de suite si vous souhaitez que ce travail conserve ce qu’il lui reste encore de poéticité. Poursuivez si vous voulez que ce poème devienne pleinement un poème.
Découvert, le bruit secret de Duchamp cesse d’être secret. Ce n’est un travail artistique que dans la mesure où la source du cliquetis sonore demeure inconnue.
Extraite de sa boîte, qu’il soit prouvé ou non qu’il s’agit de la merde de Manzoni, la merde de Manzoni cesse d’être de l’art. Dans la mesure où le travail est autant celui d’une dissimulation de l’objet que l’objet lui-même. La dissimulation est l’objet.
Je suis en train d’écrire ceci 5 jours après le quatre-vingt-septième anniversaire de George Brecht. Ces chiffres n’ont aucune incidence sur le travail, même si je fais appel à Brecht, dans l’esprit de son épreuve appelée « Exercice » – le présent travail ayant été mené dans cette veine.
« Déterminez les limites d’un objet ou d’un événement », dit l’épreuve. « Déterminez les limites de façon plus précise », dit-elle. « Répétez jusqu’à ce qu’il soit impossible d’augmenter en précision », dit-elle.
Un objet autant qu’un événement : Cet essai intitulé « Poème à poéticité décroissante » performe la délimitation de ce poème en tant qu’objet-événement. & ce faisant, il délimite en effet – par expansion – ce que permet l’institution de la poésie.
En attendant, si vous êtes arrivés à cet endroit de l’essai, vous avez aussi lu ce qui le précède ; cet essai devrait avoir perdu un bon paquet de poéticité.
Permettez-moi cette affirmation arrogante : Ce que ce poème a perdu en poéticité, toute la poésie philippine l’a gagné en complexité.
Un objet autant qu’un événement : Cet essai intitulé « Poème à poéticité décroissante » performe la délimitation de ce poème en tant qu’objet-événement. & ce faisant, il délimite en effet – par expansion – ce que permet l’institution de la poésie.
Ce poème a seulement perdu plus de poéticité.
Ce poème a seulement perdu plus de poéticité.
Ce poème a seulement perdu plus de poéticité.
Ce poème a seulement perdu plus de poéticité.
Ce poème a seulement perdu plus de poéticité.
Ce poème a seulement perdu plus de poéticité.
À la fin de cette phrase la poéticité de ce poème aura complètement diminué.
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Poème à poéticité décroissante traduit Poem of Diminishing Poeticity
paru chez GPDFeditions (www.gauss-pdf.com) en 2011.
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