Il est temps de partir à la recherche des plantes fantômes
dessine une carte précise de la forêt
et du champ dont les sentiers sinuent
à travers moulins à vent et bouleaux
toutes les fleurs ont une bouche
les lignes conduisent à un petit cercle
où tu verras les fantômes
et une horloge qui dévore ses propres mains
Les avions se déplacent à travers des nuages de cuivre
tu fabriques des objets avec tes mains
de fines bandes de papier
pliées pour donner un merle aux ailes rouges
la carte recouvre chaque pièce de la maison
une lettre attend
d’être écrite tu ne trouveras pas
les mots justes
jusqu’à ce que l’année s’effondre en un tas de lumière
Dans une autre histoire tu avales des comprimés comme des pétales
et regarde les performeurs
jongler avec des horloges
quelque part sur la scène ton petit ami
agence tout le matériel tandis que
tu fermes les yeux au son du carillon éolien
jamais tu ne te fais de bile pour la chasse tu
n’attends rien des peintures murales d’envols
sur la scène tu oublies
d’enregistrer la neige
du silence
comme si le langage était un appareil
pour suivre pour voler pour tracer un sillon retour
Le vent détend les lignes à haute tension
tu comptes le nombre de vibrations
dans l’écho du départ
le matin devient un cratère sombre
même une particule de peluche peut arrêter le soleil
tu étudies chaque ombre
pour parvenir au bon roulement à la bonne vitesse
Dans une autre histoire tu ne pars jamais
beaucoup d’années à ne pas écrire
les mots justes
tu empiles les lettres
comme autant de lanternes
un averstissement dans l’ambition
tu essaies de te convaincre
de régurgiter
tu inventes le mot ghostmaker
dans lequel disparaît sa silhouette
tu parcours la ville presque en oubliant
Tu rêves qu’une porte ouvre sa bouche
les mots s'ébruitent comme un message
qu’on écrirait depuis un nuage
plus d’années passent
tu transportes une pierre rouge
tu te fais tatouer une carte sur les bras
et étudies le système solaire
une brûlante actualité de sonneries et de vagues
tu fais un paquet de prunes vertes et de papier
tu ramènes ton chien dressé pour tuer
Pour aider à la mémorisation de la fable sur la biche ratée
quand elle naquit
ses sabots étaient petits comme des boulons
son cou si faible
qu’elle ne pouvait boire le lait de sa mère
yeux clos des semaines durant
tu as de la veine
tu as des mains
ta bouche est puissante
Dans une autre histoire tu transportes un plongeon huard et modèles tes empreintes digitales
ton petit ami boit tellement
trop qu’il en meurt
tu regardes le lac se changer
en champ gelé
tu te fais du souci pour les rescapés
une toile d’araignée un corbeau
les mots deviennent leur action
plus proche du brouillard du ciel bleu c’est probable
non c’est pas ciel ou lumière
c’est pas comme
des objets sans leur visage
Continue de t’enfoncer dans la forêt.
tu rencontres des sortes de cerfs
des fleurs diaphanes leur poussent des ramures
les arbres ont la forme de corps
les branches ploient comme des dos courbés
des visages maculés de feuilles
tu attaches des rubans rouges à tes doigts
et t’accroupis tout près du sol
témoin de la plus triste des floraisons
ça rappelle beaucoup
des petits hippocampes sans racines
Dans une autre histoire tu transportes une boîte dans ta bouche
dedans un oiseau chante
jusqu’à ce qu’une ampoule brille tellement fort
qu’elle remplace le feu et même le soleil
là tu apprendras
où les mots vont mourir
tout sera nouveau
et terrible en même temps
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Suite extraite de Lost letters and other animals, Black Lawrence Press, 2021
