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mercredi 24 mars 2021

Carrie Bennett / Les plantes fantômes : une fable

 

 

 

Il est temps de partir à la recherche des plantes fantômes


 

dessine une carte précise de la forêt

et du champ dont les sentiers sinuent

 

à travers moulins à vent et bouleaux

 

toutes les fleurs ont une bouche

 

les lignes conduisent à un petit cercle

où tu verras les fantômes

 

et une horloge qui dévore ses propres mains


 

 

 

Les avions se déplacent à travers des nuages de cuivre


 

tu fabriques des objets avec tes mains

 

de fines bandes de papier

pliées pour donner un merle aux ailes rouges

 

la carte recouvre chaque pièce de la maison

une lettre attend

 

d’être écrite tu ne trouveras pas

 

les mots justes

jusqu’à ce que l’année s’effondre en un tas de lumière



 

 

Dans une autre histoire tu avales des comprimés comme des pétales


 

et regarde les performeurs

jongler avec des horloges

 

quelque part sur la scène ton petit ami

agence tout le matériel tandis que

 

tu fermes les yeux au son du carillon éolien

 

jamais tu ne te fais de bile pour la chasse tu

n’attends rien des peintures murales d’envols

 

sur la scène tu oublies 

d’enregistrer la neige

 

du silence 

comme si le langage était un appareil

 

pour suivre pour voler pour tracer un sillon retour


 

 

 

Le vent détend les lignes à haute tension


 

tu comptes le nombre de vibrations

 

dans l’écho du départ

le matin devient un cratère sombre

 

même une particule de peluche peut arrêter le soleil

 

tu étudies chaque ombre

pour parvenir au bon roulement à la bonne vitesse  



 

 

Dans une autre histoire tu ne pars jamais


 

beaucoup d’années à ne pas écrire

les mots justes

 

tu empiles les lettres

comme autant de lanternes

 

un averstissement dans l’ambition

 

tu essaies de te convaincre

de régurgiter

 

tu inventes le mot ghostmaker 

dans lequel disparaît sa silhouette

 

tu parcours la ville presque en oubliant 


 

 

 

Tu rêves qu’une porte ouvre sa bouche


 

les mots s'ébruitent comme un message

qu’on écrirait depuis un nuage

 

plus d’années passent

 

tu transportes une pierre rouge

 

tu te fais tatouer une carte sur les bras

et étudies le système solaire

 

une brûlante actualité de sonneries et de vagues

 

tu fais un paquet de prunes vertes et de papier

tu ramènes ton chien dressé pour tuer



 

 

Pour aider à la mémorisation de la fable sur la biche ratée


 

quand elle naquit

ses sabots étaient petits comme des boulons

 

son cou si faible

qu’elle ne pouvait boire le lait de sa mère

 

yeux clos des semaines durant

 

tu as de la veine

 

tu as des mains

ta bouche est puissante



 

 

Dans une autre histoire tu transportes un plongeon huard et modèles tes empreintes digitales

 

 

ton petit ami boit tellement

trop qu’il en meurt

 

tu regardes le lac se changer

en champ gelé

 

tu te fais du souci pour les rescapés

 

une toile d’araignée un corbeau

les mots deviennent leur action

 

plus proche du brouillard du ciel bleu c’est probable

 

non c’est pas ciel ou lumière

c’est pas comme

 

des objets sans leur visage


 

 

 

Continue de t’enfoncer dans la forêt.


 

tu rencontres des sortes de cerfs

des fleurs diaphanes leur poussent des ramures

 

les arbres ont la forme de corps

 

les branches ploient comme des dos courbés

des visages maculés de feuilles

 

tu attaches des rubans rouges à tes doigts

et t’accroupis tout près du sol

 

témoin de la plus triste des floraisons

 

ça rappelle beaucoup

des petits hippocampes sans racines



 

 

Dans une autre histoire tu transportes une boîte dans ta bouche


 

dedans un oiseau chante

jusqu’à ce qu’une ampoule brille tellement fort

 

qu’elle remplace le feu et même le soleil

 

là tu apprendras

où les mots vont mourir

 

tout sera nouveau

et terrible en même temps






--


Suite extraite de Lost letters and other animals, Black Lawrence Press, 2021