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dimanche 4 avril 2021

Niina Pollari / La vie en tant que squelette


 

 

Je suis seule parce que me sépare

Des autres un corps mou

Un corps est l’idée mal foutue d’un squelette

Qui se repose et danse comme une baraque d’os

 

Un corps est une bâche dont on recouvre la baraque

Afin d’empêcher la poussière qui monte des rues

D’atteindre les os jusqu'à ce que sonne l'heure

En ce qui me concerne

 

Lorsque je suis plongée dans la poussière des rues

La nuit ou sous la main rugueuse du soleil

Les autres continuent de parler de mon corps mou

Alors que je suis seule et que je suis faite d’os

 

Et ceux qui m’adressent la parole

En meute de chiens dociles

De toutes leurs gueules à travers une clôture

Sont aussi des corps qui saignent

 

Je serais curieuse de savoir ce qu’ils contiennent

Ils me demandent si je veux un bisou

Je veux rien

Alors je m’en vais

 

Lorsque je m’éloigne d’eux

C'est en squelette que je le fais

Les os de mes pieds claquent

Comme le font de bonnes chaussures de claquettes 

 

Lorsqu’un squelette s'en va

C’est mathématique

Tu as l’impression que les fils se

Branchent de manière logique

 

La vie en tant que squelette c’est parfait

C’est une vie lisse une vie facile

J’oublie d’avoir peur

Quand je suis un paquet d’os

 

La peur vit dans le corps mou

Elle te titille les veines de partout

S’enfouit sous la graisse

Telle une tique

 

La seule émotion 

Que je n'éprouve que pour les os

C'est le soulagement mérité

Quand je sais que l'heure a sonné




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Poème paru dans Powder Keg Magazine #9.

(c) Niina Pollari. https://www.niinapollari.com

























Velickovic, "le squelette", encre sur papier, 2017.