Je suis seule parce que me sépare
Des autres un corps mou
Un corps est l’idée mal foutue d’un squelette
Qui se repose et danse comme une baraque d’os
Un corps est une bâche dont on recouvre la baraque
Afin d’empêcher la poussière qui monte des rues
D’atteindre les os jusqu'à ce que sonne l'heure
En ce qui me concerne
Lorsque je suis plongée dans la poussière des rues
La nuit ou sous la main rugueuse du soleil
Les autres continuent de parler de mon corps mou
Alors que je suis seule et que je suis faite d’os
Et ceux qui m’adressent la parole
En meute de chiens dociles
De toutes leurs gueules à travers une clôture
Sont aussi des corps qui saignent
Je serais curieuse de savoir ce qu’ils contiennent
Ils me demandent si je veux un bisou
Je veux rien
Alors je m’en vais
Lorsque je m’éloigne d’eux
C'est en squelette que je le fais
Les os de mes pieds claquent
Comme le font de bonnes chaussures de claquettes
Lorsqu’un squelette s'en va
C’est mathématique
Tu as l’impression que les fils se
Branchent de manière logique
La vie en tant que squelette c’est parfait
C’est une vie lisse une vie facile
J’oublie d’avoir peur
Quand je suis un paquet d’os
La peur vit dans le corps mou
Elle te titille les veines de partout
S’enfouit sous la graisse
Telle une tique
La seule émotion
Que je n'éprouve que pour les os
C'est le soulagement mérité
Quand je sais que l'heure a sonné
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Poème paru dans Powder Keg Magazine #9.
(c) Niina Pollari. https://www.niinapollari.com
Velickovic, "le squelette", encre sur papier, 2017.
